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Fiscalité & Finance

Succession franco-marocaine : comment éviter la double imposition

Pas de convention successorale entre France et Maroc, règle des 6 ans, droits sur biens marocains hérités depuis la France : ce guide démystifie les vraies règles et les pièges à éviter.

Mis a jour : mars 2026 · Verifie par l'equipe editoriale LesMRE

🕐 9 min de lecture📋 5 étapesContenu vérifié 2026

Quand un parent décède au Maroc, beaucoup de MRE découvrent avec stupeur qu'ils peuvent devoir payer des droits de succession en France sur des biens situés au Maroc. La raison : il n'existe pas de convention fiscale successorale dédiée entre les deux pays. Ce guide explique les vraies règles, cas par cas, avec les montants et les seuils réels.

Coûts et frais

300 à 600 eurosPour diagnostic et stratégie
0 à 20% après abattement 100 000 eurosBarème progressif selon montant hérité
Très faibles à nulsSuccession parent-enfant presque exonérée

Délais à prévoir

Décès : déclaration en France
Paiement droits en France
Transmission titres fonciers marocains
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Comprendre pourquoi la France peut taxer des biens marocains

La France applique l'article 750 ter du Code Général des Impôts (CGI) en l'absence de convention successorale dédiée. Règle clé : si vous résidez en France depuis au moins 6 des 10 dernières années précédant le décès, la France impose votre part d'héritage sur les biens situés partout dans le monde, y compris au Maroc. Ce mécanisme s'appelle la règle des 6 ans. Exemple concret : votre père décède en 2025 au Maroc. Vous vivez en France depuis 2010. Vous héritez d'un appartement à Casablanca estimé à 2 000 000 DH (environ 180 000 euros). La France peut soumettre cet appartement aux droits de succession français, qui pour un enfant s'élèvent à 20% après abattement de 100 000 euros. Soit potentiellement 16 000 euros à payer en France sur un bien physiquement au Maroc.

💡 Conseil — Si vous résidez en France depuis moins de 6 ans parmi les 10 dernières années avant le décès, la France ne taxe que les biens situés en France. Seul le décompte précis des années compte.

⚠️ Attention — La règle des 6 ans ne s'applique pas qu'aux héritiers : si le défunt lui-même était résident fiscal français dans les 10 ans précédant son décès, ses biens mondiaux (y compris au Maroc) peuvent être imposés en France.

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Ce que dit vraiment la convention franco-marocaine de 1970

La convention fiscale franco-marocaine du 29 mai 1970 traite principalement des revenus et du capital. Elle contient une disposition successorale très limitée : les valeurs mobilières marocaines dépendant de la succession d'une personne de nationalité française domiciliée au Maroc sont exonérées en France des droits de mutation par décès. Ce qui signifie : seuls les placements financiers marocains (actions, OPCVM) d'un défunt franco-marocain domicilié au Maroc bénéficient d'une exonération en France. Les biens immobiliers, les comptes bancaires, les liquidités : rien de tout cela n'est couvert par cette exonération spécifique.

💡 Conseil — Un avocat fiscaliste confirmera que la convention de 1970 offre une protection très partielle. Pour les biens immobiliers marocains, c'est le droit interne français (article 750 ter CGI) qui s'applique par défaut.

⚠️ Attention — Ne confondez pas la convention sur les revenus (qui évite la double imposition des loyers, salaires, pensions) avec la fiscalité des successions. Ce sont deux régimes distincts.

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La bonne nouvelle : le Maroc n'impose presque pas les successions en ligne directe

Le Maroc applique des droits d'enregistrement très faibles sur les successions entre parents et enfants. Les droits de mutation à titre gratuit entre héritiers en ligne directe sont quasiment nuls ou très bas. L'immobilier transmis par héritage bénéficie d'un régime particulièrement favorable. Ce qui crée mécaniquement un risque de double imposition si la France taxe également : vous payez en France sur des biens qui n'ont pas généré d'impôt au Maroc, sans pouvoir imputer un crédit d'impôt marocain (puisqu'il n'y a rien à imputer). L'article 784A du CGI français prévoit un crédit d'impôt égal aux droits payés à l'étranger. Mais si le Maroc n'a rien prélevé, ce crédit est nul.

💡 Conseil — Si des droits ont quand même été payés au Maroc (droits d'enregistrement sur acte notarié), conservez impérativement les quittances. Elles servent de base au crédit d'impôt en France.

⚠️ Attention — Le fait que le Maroc ne taxe pas la succession ne protège pas contre l'imposition française. Ce sont deux souverainetés fiscales indépendantes.

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Les 4 situations concrètes et ce qu'elles impliquent

Situation A : défunt résident fiscal marocain, héritier résident fiscal français depuis plus de 6 ans parmi les 10 dernières années. Résultat : biens mondiaux imposables en France. Situation B : défunt résident fiscal marocain, héritier résidant en France depuis moins de 6 ans parmi les 10 dernières années. Résultat : seuls les biens situés en France sont imposables en France. Situation C : défunt résident fiscal français, héritier où qu'il soit. Résultat : biens mondiaux imposables en France, risque réel de double imposition. Situation D : défunt et héritier tous deux résidents fiscaux marocains, biens uniquement au Maroc. Résultat : seul le droit marocain s'applique.

💡 Conseil — Déterminer précisément la résidence fiscale du défunt et la durée de résidence française des héritiers est la première étape. Un notaire franco-marocain peut établir ce diagnostic en quelques heures.

⚠️ Attention — La résidence fiscale ne se confond pas avec la nationalité ni avec le lieu de vie habituel. Un MRE qui garde son appartement en France tout en vivant 8 mois par an au Maroc peut rester résident fiscal français.

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Comment se protéger avant le décès : les outils de planification

La planification successorale internationale permet de réduire significativement la charge fiscale. Outil 1 : le testament international. Rédiger un testament qui désigne explicitement la loi applicable selon le Règlement européen successions 650/2012 (applicable en France). Vous pouvez choisir la loi de votre nationalité marocaine. Outil 2 : la donation de son vivant. Transmettre des biens de son vivant réduit la masse successorale. En droit français, les donations bénéficient des abattements (100 000 euros par parent/enfant renouvelables tous les 15 ans). Outil 3 : la SCI ou société civile. Détenir l'immobilier marocain via une structure sociétaire peut modifier la qualification juridique du bien. Délai d'action : agir au moins 15 ans avant le décès pour optimiser les abattements et sortir de la règle des 6 ans.

💡 Conseil — Consulter simultanément un notaire marocain et un avocat fiscaliste français est indispensable pour toute stratégie de planification.

⚠️ Attention — Toute stratégie visant uniquement à éviter l'impôt sans réalité économique peut être requalifiée en abus de droit par l'administration fiscale française.

❌ Erreurs fréquentes à éviter

  • Croire qu'une convention France-Maroc protège totalement des droits de succession : la convention de 1970 ne couvre que les valeurs mobilières marocaines d'un défunt français domicilié au Maroc
  • Confondre la résidence fiscale (critères précis) avec la nationalité ou le lieu de vie déclaré
  • Ne pas conserver les actes notariés marocains prouvant les droits payés au Maroc, qui servent de crédit d'impôt en France
  • Attendre le décès pour consulter un professionnel : la planification successorale doit être faite au minimum 15 ans avant
  • Croire que si le Maroc ne taxe pas, la France ne taxe pas non plus : les deux systèmes sont indépendants

🔗 Liens et ressources officielles

❓ Questions fréquentes

Y a-t-il une convention fiscale entre la France et le Maroc sur les successions ?

Non. Il n'existe pas de convention fiscale bilatérale entre la France et le Maroc spécifiquement dédiée aux successions. Chaque pays applique donc unilatéralement ses propres règles d'imposition successorale. La double imposition effective est possible si le défunt ou les héritiers sont à cheval sur les deux pays. La France applique ses droits de succession selon les règles de l'article 750 ter du CGI, tandis que le Maroc applique le droit musulman des successions sans droits de succession formels pour les héritiers directs.

Le Maroc prélève-t-il des droits de succession sur les biens immobiliers ?

Non, le Maroc ne prélève pas de droits de succession à proprement parler. Cependant, les héritiers sont soumis à la Taxe sur la Plus-Value Immobilière (TPI) si et quand ils revendent le bien hérité, calculée sur la différence entre le prix de cession et la valeur retenue lors de la succession. Par ailleurs, des frais d'enregistrement et d'homologation de l'acte d'hérédité sont à prévoir auprès du tribunal compétent.

Comment la France impose-t-elle les biens immobiliers marocains dans une succession franco-marocaine ?

Selon l'article 750 ter du Code Général des Impôts, la France impose les biens immobiliers situés en France si le défunt ou les héritiers sont résidents fiscaux français, ainsi que les biens situés en France quelle que soit la résidence des parties. Pour les biens immobiliers situés au Maroc, ils sont en principe soumis à l'imposition française si le défunt était résident fiscal français. En l'absence de convention, la France peut donc imposer des biens marocains, ce qui crée une double imposition avec les frais marocains.

Quelles sont les exonérations disponibles pour les héritiers directs dans une succession franco-marocaine ?

En France, les héritiers en ligne directe (enfants, petits-enfants) bénéficient d'un abattement de 100 000 euros par héritier et par parent tous les 15 ans, avant application du barème progressif. Le conjoint survivant est exonéré totalement de droits de succession en France depuis 2007. Au Maroc, les héritiers directs (héritiers réservataires selon le droit malékite) ne paient pas de droits de succession formels. Les frais sont limités aux actes d'état civil et d'enregistrement.

Un MRE peut-il rédiger un testament pour organiser sa succession franco-marocaine ?

Oui, mais avec des précautions importantes. Le droit marocain (Code de la Famille, Moudawana) ne reconnaît le testament (wasiya) qu'à hauteur du tiers des biens pour les non-héritiers. Les héritiers réservataires (enfants, conjoint) ont des droits imprescriptibles selon la fara'id (droit successoral islamique). En France, le Règlement européen sur les successions (UE n°650/2012) permet depuis 2015 de choisir la loi applicable à sa succession (loi du pays de nationalité ou de résidence habituelle). Un notaire spécialisé en droit international privé est indispensable.

Comment éviter la double imposition lors d'une succession franco-marocaine ?

En l'absence de convention bilatérale, plusieurs stratégies peuvent réduire la double imposition : 1) Déduire les impôts payés à l'étranger de ceux dus en France (sous conditions), 2) Structurer la détention des biens marocains via une SCI marocaine ou une holding pour modifier la qualification fiscale des biens, 3) Anticiper la transmission par donations de son vivant pour lisser l'abattement français sur 15 ans, 4) Consulter un avocat fiscaliste spécialisé en droit franco-marocain pour un diagnostic personnalisé.

Quels documents marocains faut-il fournir aux notaires français pour une succession internationale ?

Le notaire français demande généralement : l'acte de décès marocain apostillé et traduit, l'acte d'hérédité établi par deux adouls et homologué par le juge notaire au Maroc (traduit et apostillé), les titres de propriété des biens immobiliers marocains (titre foncier ou acte de propriété notarié), les relevés bancaires marocains au jour du décès, et un certificat d'immatriculation consulaire si le défunt était inscrit au consulat. Le délai d'obtention de ces documents peut atteindre 3 à 6 mois.

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